« Schwarz ! hurla le doyen Bodger,

… mais l’autre s’appelait Warner et ne réagit pas. »

Figurez-vous que cette semaine, j’ai sorti un roman de mes étagères bancales (ce n’est pas une image : ma bibliothèque se prend réellement pour la Tour de Pise et chaque tablette se tord en un discret sourire; c’est assez triste).

Et ce roman, donc, qui attendait là depuis des années, me réjouit à un point que je ne soupçonnais pas (sinon, je ne l’aurais pas laissé traîner aussi longtemps).
Je me fais charmer par John Irving, et Le Monde selon Garp. Je reste encore sur mes gardes (j’expliquerai pourquoi quand je l’aurai terminé) mais à l’heure actuelle (186 pages de lues), cela fonctionne à merveille.
Et toutes ces lignes sur la lecture, sur l’écriture, ça me ravit autant qu’une volée de papillons multicolores.

« Helen devait faire remarquer, des années plus tard, que d’avoir passé toute son enfance comme seule fille dans une salle de lutte lui avait donné le goût de la lecture.
– J’ai été élevée pour être spectatrice, disait Helen. J’ai été entraînée à être voyeuse. »

« Et n’importe quel endroit peut être artistique, écrivit plus tard Garp, à condition qu’un artiste y travaille. »

« Cette conviction que Franz Grillparzer était un « exécrable » écrivain sembla inspirer à Garp, et pour la première fois, la véritable certitude qu’il avait en lui l’étoffe d’un artiste – même s’il n’avait encore rien écrit. Peut-être tout écrivain doit-il inévitablement en passer par cette phase où il attaque quelque autre écrivain comme indigne d’écrire. »

J’aime cette idée, même si elle me rappelle cette effroyable phrase que j’avais lue sur la page wikipédia consacrée à Dan Brown :
« En outre, en 1994, alors que Dan Brown est en vacances à Tahiti, il lit un roman de Sidney Sheldon intitulé The Doomsday Conspiracy, et décida qu’il pourrait faire mieux. »
Et il se mit à écrire.

Quand je lis Le Monde selon Garp, je me dis que je ne pourrai jamais arriver à l’orteil d’un tel roman, d’une telle construction narrative.
Découragée avant même d’avoir essayé, mais admirative et captivée par ce que je lis. Après tout, comme Helen, je ne suis peut-être là qu’en spectatrice. Et c’est déjà bon.

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« You look like an angel… walk like an angel… »

 (talk like an angel… lalalala)

Il y a des jours où vivre dans l’ignorance devient insupportable. Vous avez fatalement connu cela aussi : ces instants où votre entourage (amis, collègues ou pire, famille) et/ou l’actualité parle(nt) sans cesse de quelque chose que vous n’avez pas vu-lu-écouté.
Et vous vous sentez misérablement à l’écart car vous ne faites pas partie de Ceux Qui Savent.

Alors oui, à l’heure actuelle (18h56), je n’ai toujours pas écouté le dernier Daft Punk ni vu Le passé mais ce qui me tracassait bien plus, c’est que jusqu’au mois dernier, je n’avais jamais lu Dan Brown.

Parfaitement.

J’aurais pu cesser de vivre dans l’ignorance bien plus tôt, si j’avais accepté l’offre de ma sœur (« Mais je te prête mon Da Vinci Code, si tu veux. En plus, c’est bien ») mais j’ai très peur de ses goûts personnels (ici une parenthèse méchante a été retirée. Car comme elle le dit si bien elle-même quand elle a bu « Tu ne peux pas en vouloir aux gens d’avoir des goûts qui leur plaisent ! ». C’est pas faux) et de surcroît, je suis psychorigide.
Dan Brown s’est amusé à écrire toute une série avec son Robert en protagoniste, je veux commencer par le début.

Donc, Anges & démons.
Que j’ai fièrement assumé au travail, dans le métro, dans mon sac à main. Même si bon, j’ai été contente quand je l’ai terminé.

https://i1.wp.com/csimg.webmarchand.com/srv/FR/00000637ofrpadmdgiyconsjox7rsnu/T/340x340/C/FFFFFF/url/anges-et-demons-brown-dan.jpg

Au départ, je voulais vous faire un billet-fleuve qui décortiquerait l’intrigue de A à Z, pour qu’on puisse rire tous ensemble de ce drame catholique, seulement comme à chaque fois, j’ai trop traîné avant d’écrire et ça y est, je ne suis plus trop motivée.
Mais j’aime être méchante malgré tout, c’est pourquoi je vous propose un petit lot de consolation en nous moquant en chœur de certains très beaux passages du roman.

Laissez-moi quand même vous situer quelque peu l’intrigue : Robert Langdon est professeur de symbolique religieuse (si, ça existe. A Harvard), il porte une montre Mickey (véridique) et est appelé d’urgence par le directeur du CERN (un bel endroit suisse où l’on fait de la recherche nucléaire) parce qu’un des chercheurs a été sauvagement assassiné, dis donc.
Et pourquoi un vieux suisse téléphonerait à un fringuant représentant de l’éducation américaine, vous demandez-vous car cela ne saute pas aux yeux, mais tout simplement parce que le cadavre a un drôle de signe sur le torse.
Un signe qui marque le grand come-back des Illuminati dans notre belle société.

Donc Robert débarque en Suisse, tandis que Vittoria, la fille adoptive du défunt, rentre aussi de son lieu de recherche pour découvrir le terrible sort de son père, et au final, ils partent tous les deux au Vatican parce qu’une bombe monstrueuse risque d’y exploser alors qu’on est en plein concave.
Il faut suivre, hein.

Toute l’intrigue (620 pages) se passe sur 24h, le rythme est trépidant, haletant, mystérieux. Et ça urge à chaque seconde parce que quatre cardinaux (prétendants au futur rôle de pape) ont été enlevés et ils vont mourir dans d’atroces souffrances si on ne les retrouve pas à temps.
(je vous gâche tout mais autant vous éviter un grand suspense : ils meurent, tous les quatre. Robert est super nul en détective à énigmes).

Tout cela est évidemment mieux raconté quand c’est Dan Brown qui s’y attelle, alors justement, retour aux sources, retour à l’œuvre.
Pour ses recherches, Robert (je préfère vraiment l’appeler par son prénom, on se sent plus proche de lui comme ça) a le droit de se rendre dans la bibliothèque privée du Vatican, où il rêvait d’entrer depuis des années sans obtenir d’autorisation. Seulement, déception :

« Mon pauvre Robert, tu es un indécrottable romantique ! L’image de rêve qu’il se faisait de ce lieu se révélait totalement erronée. Il avait imaginé d’antiques bibliothèques couvertes de poussière et croulant sous de lourds volumes abîmés, encadrant de longues tables où des religieux se plongeaient dans l’étude de vieux manuscrits et parchemins, à la lueur des bougies et de sombres vitraux.
Rien de tel. »

Non, imaginez l’horreur, l’endroit est climatisé, les livres sont sous vitrine, on ne peut les manipuler qu’avec des gants (etc).
Travaillant dans le milieu des bibliothèques, quand je lis ça, je suis facilement consternée. Robert est censé être un professeur, un chercheur, il devrait donc savoir un peu comment ça se passe quand on veut consulter des œuvres particulières (voire uniques), alors pourquoi va-t-il imaginer que ces fichus catholiques ne connaissent pas les règles élémentaires de conservation ? De la poussière ! Dans une bibliothèque plus que patrimoniale ! Des bougies qui pourraient tout enflammer ! Dont la cire pourrait couler sur un incunable ! Mais bien sûr ! Et tu ne veux pas qu’on te laisse bouffer au-dessus de ton livre ouvert, pendant que tu y es ?!

Avant de m’énerver réellement, poursuivons avec une formidable conversation que Robert partage avec Vittoria :

« Vittoria avait maintenant droit à l’explication :
– Donc, le nombre 503 est un code, mis au point par les Illuminati, qui remplaçaient des chiffres romains par des chiffres arabes. Pour celui-ci, la correspondance est…
– DIII, termina la jeune femme.
– C’est du rapide, bravo ! Ne me dites pas que vous êtes une Illuminata
– On se sert des chiffres romains pour codifier les strates de dépôts pélagiques.
Évidemment, n’est-ce pas tout naturel ? pensa Langdon. »

Avis à la population : si vous savez passer mentalement d’un chiffre arabe à un chiffre romain, c’est que vous appartenez à une drôle de société secrète.
A part si vous avez une excuse en béton (pélagique, ça vous parlait ? moi pas).

Mais Vittoria n’est pas seulement intelligente, elle est également belle (surtout dans son short moulant) et tournée vers la connaissance de soi. Pour preuve, elle adore le yoga.

« Vittoria sembla ressentir son malaise.
– Détendez-vous, murmura-t-elle sans tourner la tête. On est en voyage de noces. [note de moi : c’est une blague, le voyage de noces. Une couverture, même. Car ils sont intelligents, ils pensent à tout.]
– Je suis détendu.
– Vous m’écrasez les doigts.
Il relâcha la tension en rougissant.
– Respirez par les yeux, souffla-t-elle.
– Pardon ?
– Pour détendre vos muscles. Cela s’appelle pranayama.
– Piranha ?
– Mais non, pas le poisson. Pranayama. Peu importe… »

QUESTION : Vous est-il déjà arrivé de respirer par les yeux ? Vos témoignages m’intéressent particulièrement.
Même si l’on peut noter au passage un zeste d’humour (ohoh, confondre une pratique de yoga avec un poisson, ohohoh).

Comme je sens que vous aimez autant que moi ces délicates traductions rondement menées, en voici une autre :

« En traversant l’immense esplanade, il ressentit l’effet auquel Le Bernin voulait aboutir – « inspirer l’humilité à ceux qui traversaient ».
Je suis humilié… et affamé, se disait-il, étonné lui-même qu’une pensée si prosaïque puisse lui traverser l’esprit en un moment pareil. »

Primo, l’adjectif correspondant à humilité n’a jamais été humilié (ou uniquement lors de grandes soirées alcoolisées) et secondo, le gars, il vient de voir un cardinal mort étouffé avec de la terre et un autre l’a aspergé de sang avant d’agoniser dans un lieu public, mais il a faim.
Ok, ok.
Les professeurs de symbolique religieuse ont un estomac bien accroché.

J’ose une dernière petite perle. Non, il ne s’agit pas du vol plané que Robert fait depuis un hélicoptère lancé à une très haute altitude (mais il prend une housse protectrice de pare-brise en guise de parachute et il s’en sort, ne vous inquiétez pas), mais d’un simple délice narratif.
Bien plus épineux qu’on ne le croit.

« Langdon lui envoya un coup de barre, que l’autre évita. Il contourna un banc, pour essayer de le coincer. Mais cette fichue salle ovale n’a pas de coins ! »

Bordel de Dieu !
Se faire berner de la sorte par une salle ovale sans coins, c’est dégueulasse !

Si tout cela vous donne envie de lire ou relire (qui sait ?) Anges et Démons, sachez que cette merveille de Dan Brown a été traduite par Daniel Roche en 2005 pour les éditions Lattès.
La version Pocket compte 620 pages d’un récit aux multiples rebondissements. C’était vraiment très bien.

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« Le mois de novembre est malsain, il fait tousser dès laToussaint. »

(parce que j’aurais été lapidée si je n’avais pas fait une remarque sur la météo. Donc ce titre)

Il n’échappera à personne que ma capacité à tenir couramment un blog s’est évaporée en même temps que mes chances de devenir un jour championne de France de cyclisme (autrement dit : il y a fort fort longtemps).
Autant j’ai renoncé purement et simplement au vélo (et je le vis plutôt très bien), autant je m’accroche désespérément à ce petit lieu tranquille et oublié. Je sais que j’ai encore des choses à dire, à partager; il me manque quelque chose comme l’élan, ou l’organisation. Ou les deux.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, j’avais envie de raconter quelques instantanés de ces derniers jours, qui montreront un peu ce que j’ai lu, ce que j’ai vu – ce que j’ai aimé.

Ainsi, j’ai lu cette semaine La plume de l’ours de Carole Allamand; j’ai un peu traîné sur ce livre-là, sans doute parce que l’intrigue n’était pas assez serrée à mon goût. Cela reste un roman charmant, tourné vers le monde littéraire et plus particulièrement vers un romancier qui laisse, à sa mort, une œuvre tellement étrange que la jeune Carole, thésarde et professeur de lettres (what else ?) se lance à la poursuite du passé pour tenter de comprendre la fracture dans l’œuvre. Ça parle d’ours (vraiment; et j’ai appris des choses qui m’ont donné envie de lire au moins la page wikipédia consacrée à cet animal, c’est dire), de voyages, d’échappées et de doutes, cela parle de littérature, partout, et de copies d’élèves. D’où vient cet extrait :

« Madame Bovary est une étude de la stupidité humaine et du mal romantique, du désespoir et du malheur rencontrés par ceux qui ne sont pas capables ou désireux de résoudre les conflits entre leurs rêves et la réalité; en termes modernes, on pourrait dire qu’il s’agit de l’étude d’une névrose. »

Clara, Kathel et Cathulu ont écrit de vrais avis sur ce roman.

*          *          *

Comme j’aime le cinéma (ce qui est très, très original. Et très rare), j’essaie de suivre le Festival de Cannes (qui me fait rêver depuis ma tendre enfance; là aussi, je suis la seule) et j’avais envie de vous proposer mes robes préférées.
Il a fallu choisir, parfois renoncer (Emma Watson était superbe, d’accord, mais c’était son physique, pas ses tenues) et faire (aussi) avec ce que j’ai pu trouver.
Il y aura trois photos.

Je sais que sa robe n’est pas excessivement belle et pourtant, c’est là mon apparition préférée de Marion Cotillard cette année; tout simplement parce que je trouve qu’elle y a la classe.
Et je suis jalouse.

Oui, j’arrive à être jalouse d’une robe qui n’avait pas assez de tissu
pour avoir la même longueur partout.
Les filles sont bizarres, vous savez.

Ensuite, j’ai un petit faible pour Lana del Rey, qui est un peu ma nouvelle Britney Spears (dans un autre genre, mais je me comprends. Il paraît que c’est l’essentiel).
Seul le bustier de sa robe me plaît, donc j’ai choisi consciencieusement la photo à mettre ici (le bas est horrible, on dirait une fausse jupe achetée sur un marché de province, vous savez, ce côté crépon qui ne ressemble plus à rien après deux lavages).

lana-del-rey-at-the-cf23-diaporamaEt on remarque qu’elle n’est pas encore assez célèbre et puissante pour avoir quelqu’un qui lui tient son parapluie. Elle est comme vous et moi, Lana.

La dernière, c’est Nicole Kidman lors de l’ouverture du festival de Cannes. Excusez-moi mais sa robe y est d’une beauté à faire pleurer toute femme sensée. La forme du décolleté est à tomber par terre.
Et en plus, il y a un petit monsieur trop mignon à côté (sérieusement, vous ne trouvez pas qu’il a gardé une tête d’enfant malicieux ?).

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*          *          *

Les robes, c’est sympa, mais ça ne suffit pas à faire un film, nous sommes d’accord.
Hier, j’ai vu Volver de Pedro Almodovar. Ça vous paraîtrait étrange si vous me connaissiez un peu : je n’aime pas vraiment le cinéma espagnol, ni Penelope Cruz, ni Almodovar. Ça partait mal.
Puis je suis tombée amoureuse des cinq femmes qui portent ce film, du scénario poétique et dramatique, des couleurs complètement désordonnées, de l’émotion permanente. C’est pur, c’est vrai, ça fait mal et c’est beau.
Non, je ne raconterai rien. Juste, je glisse une vidéo d’une scène qui m’a mis les larmes aux yeux. Il paraît que c’est réellement Penelope qui chante.
paroles et traduction ici.

Un grand film de femmes, vraiment, je le conseille de tout mon cœur.

*          *          *

Et comme il paraît qu’il n’y a pas de honte à se faire plaisir, j’ai terminé la semaine avec une religieuse à la framboise, à la rose et au coquelicot.
Je n’ai pas vraiment reconnu les parfums mais c’était divin.

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Publié dans me myself and I, soda à la cerise | 6 commentaires

« Rit qui veut, pleure qui peut »

(phrase qui ouvre le film Lola de Jacques Demy)

Il n’aura pas échappé aux Franciliens et aux touristes que la cinémathèque célèbre actuellement un (grand) cinéaste français autour d’une exposition merveilleusement intitulée :

J’ai acheté l’affiche. Elle est terriblement magnifiquement belle.

Figurez-vous que j’avais écrit un billet excessivement long et pompeux sur cette expo, des phrases à n’en plus finir qui dégoûtaient finalement d’aller se promener à la cinémathèque, alors j’ai décidé de vous épargner ça. C’était trop horrible, personne ne méritait pareil châtiment.

Donc je change ma formule initiale.

Si vous aimez d’amour Les Demoiselles de Rochefort,
si vous ne pouvez pas vous empêcher de chanter dès que vous entendez l’un des morceaux,

si vos yeux brillent comme ceux d’un enfant face aux couleurs, face aux costumes, face au soleil permanent,

si votre cœur se pince en même temps qu’il sourit en voyant les décors car vous êtes vous-même allé(e) à Rochefort sur les traces du film (oui, je parle de moi),

(mais moi, j’ai marché dans cette rue !)

Si vous avez été décontenancé par Les Parapluies de Cherbourg,
parce que vous ne vous attendiez pas à ce que tout, absolument tout, soit chanté,

si vous ne pouvez pas vous empêcher d’avoir le moral plombé pendant 48h quand vous entendez ce morceau (je ne peux pas le mettre directement sur le blog, de l’avoir ré-écouté, je me mouche sans arrêt) – et la fin du film, n’en parlons pas,

mais si vous êtes amoureux (amoureuse) de Catherine Deneuve, de l’amour et du tragique de la vie…

Si vous avez été enchanté par Lola,
par ses rues,
par ses histoires entrecroisées sur une pellicule en noir et blanc,
par le charme de cette danseuse éperdument amoureuse d’un absent,
par cette grave légèreté,

Si vous souriez en pensant à Peau d’âne (alors que l’histoire est foutrement glauque, nous sommes d’accord),
si vous souriez en voyant les hommes bleus,
les chevaux rouges,

si vous ne pouvez pas vous empêcher de partir dans un fou rire magistral quand vous voyez les rêves secrets d’un prince et d’une princesse (à partir de 2’37 min),

si vous adorez cette magie particulière, l’affiche haute en couleurs

si vous connaissez quelqu’un qui a essayé de cuisiner un cake d’amour et qui a trouvé ça (fatalement) dégueulasse (les avis sont unanimes), et si vous ne pouvez décidément pas vous empêcher de chanter avec Peau d’âne,

si vous rêvez de voir les trois robes de rêve (robe couleur du Temps, robe couleur de Soleil et robe couleur de Lune), même si ce sont des reproductions,

(et moi qui ne rêve absolument pas mariage, j’ai été foudroyée par une évidence : celui (ou celle, désormais) qui voudra m’épouser me verra ce jour-là en robe couleur de Lune)

Si vous voulez quitter quelques instants le monde réel pour l’en-chanter, si vous avez vu certains de ces films (et bien d’autres, car j’ai considérablement réduit l’étendue de l’exposition dans ma présentation) et que vous les avez aimé,
Si vous ne trouvez pas les mots pour dire à quel point vous aimez cet univers, ces couleurs, ce mélange de gravité et de fantaisie,
Si vous aimez les expositions originales où s’entre-mêlent tableaux, photographies, lettres et vidéos, costumes et décors reconstitués,

Il ne vous reste plus qu’à aller à la Cinémathèque avant le 04 août.

Titine y a consacré un billet magique (j’avais bêtement vu que les photos étaient interdites alors j’étais venue sans appareil, et effectivement, sur place, c’était finalement autorisé…).

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« et le cœur sec, bien sûr. »

Pour vous
Dominique Mainard
Éditions Joëlle Losfeld – Gallimard – 2008 ; 252 pages

Voilà un drôle de roman, et ce qui est d’autant plus drôle, c’est d’utiliser cet adjectif-là pour le décrire – car on est loin de rire, par ici.
La narratrice, Delphine M., tient une agence de services à la personne depuis des années. Dans ce cabinet qui jouxte son appartement (j’adore capter ces détails qu’il ne sert strictement à rien de vous raconter), elle reçoit des âmes en peine qui cherchent du réconfort, aussi faux soit-il. Une fille un peu lasse de son grand-père demande à Delphine de le promener une après-midi par semaine, parce que ça lui pèse de s’en occuper elle-même. Un couple sans enfant va demander d’en louer un deux fois par semaine pour avoir la sensation d’être (enfin) parents… (etc)
La solitude humaine et le désarroi peuvent prendre des formes très différentes, et Delphine M. est là pour combler ses lacunes, pour prendre la forme de cet oasis en plein désert : Delphine et son agence Pour vous vendent des mirages.

« Je ne sais pas s’il est vrai que je devrais avoir honte de ce que je fais. Je ne sais pas s’il est vrai que je n’ai pas ou plus la moindre idée de ce qu’est la réalité, comme on me l’a reproché parfois; on m’a traitée de marchande de rêves et c’était indifféremment un compliment ou la pire des injures. Aux yeux de mes clients, je suis quelqu’un qui console et soigne ou qui vend la plus toxique des drogues. Mais la vie m’a appris qu’il n’y a rien de moins réel que ce qu’on nomme la réalité et qu’une mort, une trahison, une souffrance cessent d’exister du moment qu’on arrive à s’en distraire. »

Dans ce roman, on suit quelques figures particulières liées à cet agence, comme Yarol l’enfant autiste qui crée tout un univers où Delphine (ou plutôt Dinelph) occupe une bonne place, le couple sans enfant prêt à tout pour accéder à ce statut de parentalité, et puis il y a cet homme, cet homosexuel qu’elle a accompagné dans ses derniers mois de vie et qui resurgit dans la sienne à travers son amant, qui cherche des réponses, qui cherche la vérité.
Mais la vérité est tellement éloignée du cœur froid et solitaire de Delphine…

Le froid, oui, c’est bien cela qui caractérise cet étrange roman, où la narratrice offre ses services sans jamais sourciller, sans jamais se questionner, sans jamais craindre. A cause d’un passé qu’elle a décidé de totalement enfouir pour devenir une nouvelle (mais froide) personne, Delphine paraît presque effrayante, tant elle est dénuée de moralité et de sentiment.
Evidemment, le roman ne serait pas intéressant s’il ne racontait pas un virage dans la vie de cette femme qui se croyait à l’abri de tout danger (de tout abandon), mais il ne le serait pas non plus si tout basculait en moins de 300 pages.
Et pourtant, cela bascule.

Cela bascule mais cela fait froid dans le dos. L’écriture de Dominique Mainard est clairement à saluer, tant elle retranscrit avec talent la petite vie et les pensées de son personnage, en accrochant le lecteur sans l’apitoyer.
Étrange rencontre que ce livre, avec un retournement final prévisible et justement décevant; mais l’atmosphère reste, on est piqué par la curiosité, par l’envie de comprendre.
Pour vous est un roman étourdissant, et sa protagoniste me rappelle ces quelques mots d’A. Breton, dans Nadja : « Vous ne comprenez pas : elle est comme le cœur d’une fleur sans cœur. »

Stéphie, Clara et Cathulu (très juste sentiment d’angoisse) ont aimé cette lecture, Amanda avait été plus dubitative… J’oublie tous vos billets, alors que je me souviens très bien en avoir entendu parler partout.

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Au mois d’avril, la chèvre rit.

(je ne sais pas quoi vous dire, le titre est un simple dicton trouvé sur internet. Il existe aussi avec la variante « Au mois d’avril, le chêne rit ». Pas bien compris. Je crois juste que la nature se fout de nous)

Alors que je manquais curieusement d’entrain pour écrire quelques mots sur un livre ou un film (ce qui est très étonnant, n’est-ce pas), Caro[line] m’a sauvé la vie en me proposant de répondre à un tag dont elle a elle-même inventé les questions.
Jusque-là, j’étais contente, contente, comme si mes cheveux magiques avaient poussé de douze centimètres en une nuit, puis finalement, quand je vois la complexité de certaines questions, je souris un peu jaune (oh tiens, pile la couleur de mes cheveux) (tout est lié dans la vie, tout, c’est incroyable).

Mais allons-y, découvrons ensemble de nouveaux traits de ma fabuleuse personnalité, vous allez voir comme je suis originale et profonde.

1. Ton dernier coup de cœur littéraire ?

Alors ça c’est drôle, parce que malgré les apparences, je lis beaucoup, mais à brûle-pourpoint, j’étais incapable de répondre.
Pour l’instant, en avril, j’ai lu huit bouquins mais on va gentiment remonter à mars pour trouver de vrais coups de cœur, car oui, je vais tricher et en proposer deux :
Un classique : La modification de Michel Butor a des facettes assez ennuyeuses (se coltiner 21h de train pour relier les capitales française et italienne, c’est quand même drôlement long) mais cette torpeur inhérente à la notion de voyage est constamment balayée par l’histoire, cet adultère épineux que l’homme décide de régler en allant voir sa maîtresse pour lui demander de venir vivre avec lui, à Paris (parce que Rome, c’est joli, mais c’est loin). Pour dire les choses comme elles sont, ça m’a broyé le cœur.
Un contemporain : Le jardin de minuit d’Émilie Desvaux est sorti en début d’année et raconte l’histoire d’un quarantenaire qui prend la plume treize ans après la disparition non élucidée de sa sœur jumelle, écrivain, pour tenter de comprendre ce qui s’est passé, pour savoir où elle est, ce qu’elle vit, sans lui. J’ai un don pour poser une intrigue, c’est fou, je crois que je ne serai jamais rédactrice de 4e de couverture. Mais en revanche, je sais lire, et je peux vous dire que c’est un roman merveilleusement réussi, tout en poésie et en mystère.

Evidemment, un jour où je me bousculerai un peu pour sortir de ma léthargie permanente, je vous parlerai de ces romans-là.

2. Une série télé à nous recommander ?

Je regarde très, très peu de séries télé, parce que c’est compliqué quand on n’a pas la télé, quand on n’a pas envie d’acheter de gros coffrets tout chers sans être sûre qu’on va aimer, et quand on refuse de télécharger plus ou moins légalement.
Néanmoins, je suis restée fidèle à House jusqu’au dernier épisode de la dernière saison, même s’il y aurait beaucoup à en redire – peu importe, moi qui ai une douce tendance à l’hypocondrie, moi qui ne sais plus respirer dès que je franchis les portes d’un hôpital, j’ai quand même passé huit saisons à regarder des gens vomir du sang, se faire amputer d’un pied ou faire des crises d’épilepsie. Le rêve.

En ce moment, je découvre Friends (je suis toujours à la pointe de l’actualité) mais Ross et Rachel viennent de se séparer (saison 3) alors je suis un peu tendue, je préfère ne pas en parler.

Puis je me délecte de la série The L Word – encore une fois, la série est terminée depuis belle lurette (en 2009, après six saisons) mais les bonnes séries survivent aux années, et c’est le cas. En deux mots, cela raconte la vie de lesbiennes (mais pas que) en Californie, et ce n’est clairement pas pour les enfants; c’est chaud, sexy, nostalgique (j’étais toute retournée de retrouver Pam Grier), complexe et tordu – mais pas que.
J’aime beaucoup, même si on m’a prévenue que la fin était presque catastrophique.

C’est sympa, j’écris trois tartines à chaque question.

3. Thé ou café ?

Définitivement thé.
Qu’il soit en sachet, en vrac, au boulot, chez moi, dans un café, je choisis toujours le thé.

(une réponse courte ! une réponse couuurte !)

4. Paris ou Marseille ?

Je ne connais pas du tout Marseille mais il fait chaud, là-bas, non ?
Par contre, je connais Paris, autant dire que ça ne m’aide pas du tout pour répondre. Moi, je veux la mer.

5. Facebook ou Twitter ?

Je suis une putain de digital native mais figurez-vous que je suis totalement incapable de comprendre comment fonctionne Twitter, et quel intérêt ça a. J’ai essayé plusieurs fois, mais mon cerveau bloque au-delà de toute raison, ça en est pathétique.
Facebook me fascine (je me souviens d’une soirée où, à un moment donné, deux tiers de la tablée se sont tus parce qu’ils sont tous allés sur facebook en même temps sur leur smartphone), Facebook est un miroir déformant, Facebook a des épines et ne sent même pas la rose, alors…

6. Une recette de cuisine simple et rapide à réaliser ?

Mais oui ! Bien sûr ! J’adore cuisiner !
(« retirer l’emballage en carton et faites chauffer 2 à 3 minutes selon la puissance de votre micro-ondes »)

Croyez-moi, c’est plus sûr. Il y a quelques temps, j’ai eu une folle envie de cuisiner un gâteau au yaourt, ce qui constitue un peu la base de la pâtisserie. J’y ai mis mes meilleurs ingrédients, on ressentait mon amour et mon sérieux à chaque coup de cuillère.
Après un temps certain au four, mon gâteau est ressorti mi-cuit et vert.

gâteau vert

Ne mangez jamais ce que je prépare.

(pour ceux qui s’interrogent drôlement : j’avais utilisé un yaourt à la myrtille et on m’a expliqué que ça donnait toujours des couleurs très étranges au final).

7. Quelle nouvelle langue souhaiterais-tu apprendre ?

Je ne connais que le français, alors le choix est assez vaste.
Basiquement, j’aurais aimé parler anglais (je peux comprendre un peu l’écrit, ou les dialogues dans les films en VOST, mais sortir un mot : impossible. Gros blocage), et j’aurais aimé garder quelque chose de mes nombreuses années d’allemand.
Peut-être un jour…

8. Fred Lopez ou Daniel Morin ?

Caro, c’est à moi que tu demandes ça ?!
La parenthèse inattendue est une émission sirupeuse au possible, intéressante au début mais au final bien trop répétitive et calibrée, et je suis incapable d’écouter son émission de radio mais Frédéric Lopez est quand même celui qui est derrière Rendez-vous en terre inconnue et rien que pour ça, je l’aime d’admiration et de reconnaissance (parce que Virginie Efira, Christophe André, etc. Ne cherchez pas, seule Caroline peut comprendre).

9. Hier ou demain ?

Demain, demain.
Demain, j’arrêterai de penser à hier. Mais pas aujourd’hui, j’suis un peu fatiguée.

10. Avec ou sans bulles ?

Les deux !
La grenadine, je l’aime à l’eau, je l’aime à la diabolo.

11. Un jour, je serai…

Il n’y a que des réponses très personnelles qui me viennent à l’esprit et n’ayant pas bu aujourd’hui, je n’ai pas l’impudeur de l’alcool pour m’aider.
Mais putain que oui, j’espère bien qu’un jour, je serai.

*     *     *

Il me semble que je suis trop paresseuse pour inventer moi-même onze nouvelles questions comme le veut la règle de ce tag, mais est-ce que quelqu’un a envie d’y répondre en l’état ?
Est-ce que vous allez encore me désigner pour des tags, ou éviter cela pour le reste de la vie ? Est-ce que quelqu’un regarde Real humans (j’ai peur d’être seule) ? Connaissez-vous le véritable sens du mot végétarien ? Croyez-vous au hasard ? Pensez-vous que le caramel au beurre salé peut vraiment faire grossir (moi j’ai des doutes) ? Est-ce que, oui ou non, quelqu’un a envie de m’épouser après avoir lu mes réponses brillantes et sensibles ?
C’est ce que je me demande.

Publié dans me myself and I | 13 commentaires

C’est le temps de l’amour, le temps des copains,

… Le Temps de l’aventure.

J’ai finalement décidé d’arrêter de bouder (car après tout, ce n’est pas votre faute si j’ai raté un concours) (enfin, j’espère) et de vous raconter ma dernière sortie ciné.
Ainsi donc, samedi, j’avais envie de me changer les idées, de rire un peu, et c’est en toute logique que je suis allée voir Le Temps de l’aventure de Jérôme Bonnell, avec pour argument imparable que j’aime Emmanuelle Devos.
Cela me suffisait.

Emmanuelle est Alix, une jeune quarantenaire qui joue tous les soirs à Calais une pièce d’Ibsen. Rentrant à Paris pour passer une audition, elle remarque dans son train un homme, plus âgé qu’elle, qui pleure.
Entendant qu’il doit se rendre à l’église Ste-Clotilde, elle s’y dirige dans la matinée et retrouve cet homme dont elle ignore tout mais dont la présence lui fait oublier le reste – l’audition ratée, son ami qui ne répond jamais au téléphone, sa carte bleue qui ne fonctionne plus, ses doutes…

L’aventure dure une journée – ou plus exactement, quelques heures. Quelques heures volées dans un Paris qui emmène Alix vers l’inconnu, vers l’impensable et pourtant, tout semble presque normal, attendu.
Alix hésite, ne se sent pas à sa place (à sa décharge, c’est difficile de s’incruster à un enterrement) mais quelque chose la pousse à ne pas renoncer. Et l’homme mystérieux, cet anglais venu d’outre-Manche pour pleurer une amie (une maîtresse ?) perdue, se laisse prendre au jeu, peut-être par envie de séduire, peut-être par envie d’oublier son chagrin. Peut-être par envie de vivre.
Après tout, il y a du soleil ce jour-là.

Le film suit Alix dans ses déambulations, dans ce temps étiré qui semble pourtant s’écouler trop vite, dans cette parenthèse éphémère, quelques heures où elle osera dire des choses qu’elle taisait jusque-là.
Emmanuelle Devos joue à merveille, mais ce n’est une surprise pour personne (enfin, j’espère) (ah, parenthèse flash-back !). Elle est lumineuse, attachante, perdue. Drôle. Toutes ces scènes où on la suit, dans le train, chez elle, en audition (merveilleux passage !), dans la rue, à courir, à soupirer, à sortir du métro pour changer sa vie (ou au moins sa journée), oui, toutes ces scènes sont justes.
Là où cela devient problématique, c’est que l’ennui pointe lorsqu’elle est aux côtés de l’Anglais. Je n’irai pas écrire comme les Inrocks que Gabriel Byrne est « aussi sexy qu’un poisson mort » parce que je l’ai trouvé juste aussi, sobre, en retenue (étant anglais et endeuillé, il n’allait pas sauter partout non plus) mais sans doute un peu en décalage, en dehors.
Déjà qu’il y avait à mes yeux un soupçon d’improbable dans le postulat de départ, cela rajoute une grisaille supplémentaire à l’histoire qu’on voulait nous raconter.
Çaen est même affreux car leur aventure se vit en deux temps, et lorsque le deuxième temps est arrivé, mon cœur sec s’est écrié « Oh non, elle y retourne ! Quel ennui ! Ça finit dans combien de temps ? ».

Mais mon cœur ne reste jamais sec très longtemps.
En dehors de la chambre d’hôtel, en dehors de cette fausse intimité, l’alchimie reprend. L’après-midi se termine dans les rues joyeuses de Paris (nous sommes le 21 juin) et le cœur se serre doucement parce qu’on réalise ce qui est en jeu, on se demande comment l’aventure va se terminer, on craint et on espère. Mais qu’est-ce qu’on espère ? Qu’est-ce qu’on craint ?
Puis il y a ces scènes qui font mal, des mains qui se nouent comme s’il en allait de leur vie, des coups de fils qui n’aboutissent jamais et qui donnent le tournis (celui de la solitude), il y a ce sentiment de revivre Lost in translation, il y a la gorge qui se noue et il y a la gare.
J’ai toujours détesté les gares.
Alors je suis sortie de là, j’étais un peu triste.

Le Temps de l’aventure est sorti sur nos écrans français le 11 avril. C’est un film inégal et fragile, mais pas que. Il y a aussi beaucoup d’humour, de folie (je ne peux pas ne pas mentionner toute la séquence chez la sœur d’Alix, où j’ai cru partir dans un fou rire), mais sans doute en fallait-il plus. Ou mieux doser. Ou mieux mélanger.
En l’état, il manque un je-ne-sais-quoi pour que le film soit réussi.

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